La directive européenne sur le reporting de durabilité, la CSRD, impose aux grandes entreprises de publier des indicateurs environnementaux normalisés, les ESRS. Parmi eux, ESRS E5 traite de l'utilisation des ressources et de l'économie circulaire : ce qui entre dans l'entreprise, ce qui en sort, et combien de temps ça dure. Le parc informatique coche les trois cases.

En 2025, le paquet « Omnibus » a repoussé de deux ans l'entrée des vagues 2 et 3 (la directive dite « stop-the-clock » du 14 avril 2025) et le périmètre des entreprises concernées est en cours de réduction. Beaucoup de PME et d'ETI en ont conclu que le sujet ne les regardait plus. C'est une erreur de lecture : leurs grands clients, eux, restent soumis, et leur demandent déjà les données de leur chaîne de valeur.

Cet article explique ce que demande ESRS E5, quelles données un parc informatique fournit naturellement, comment les chiffrer sans cabinet, et ce que la seconde vie change dans les résultats. Il s'adresse aux DAF, aux responsables RSE et aux achats qui reçoivent ces questionnaires. Les chiffres sont ceux de notre calculateur et des bases publiques citées en fin d'édition.

1. Ce que demande ESRS E5, en langage d’acheteur

Ce qu'on observe

Les normes ESRS publiées par l’EFRAG structurent E5 autour de trois familles d'informations : les entrées de ressources (ce que vous achetez, avec la part de matières recyclées ou de biens de seconde vie), les sorties de ressources (produits, déchets, part réemployée ou recyclée) et les politiques et objectifs d'économie circulaire (durée d'usage, réparabilité, réemploi).

Pourquoi le parc informatique est un bon candidat

Parce qu'il est inventorié, daté et renouvelé selon des cycles connus. Un poste de travail a une date d'entrée, une durée d'usage, une sortie. Contrairement à la plupart des achats, on sait dire précisément s'il est neuf ou de seconde vie, combien de temps il a servi et ce qu'il est devenu. C'est une mine de données déjà structurées.

Impact

Trois indicateurs suffisent pour renseigner E5 sur le périmètre informatique : la part de la dépense IT en biens de seconde vie (entrées), le taux de réemploi du parc sortant (sorties) et la durée d’usage moyenne des postes (objectif circulaire). Les émissions évitées, elles, alimentent ESRS E1 (climat), en complément.

2. Les entrées : la part de seconde vie dans vos achats IT

Ce qu'on observe

Sur un renouvellement de 50 postes, acheter en seconde vie plutôt qu'en neuf fait passer la part de biens réemployés dans la dépense IT de 0 à 100 % sur ce lot, et le montant de la dépense de 60 000 € HT à 22 500 € HT (références de prix détaillées dans notre édition #03). L'indicateur E5 « part des entrées issues du réemploi » se calcule en valeur ou en nombre d'unités : les deux montent.

Pourquoi ça compte au-delà du rapport

Parce que c'est exactement ce que vos clients grands comptes vous demandent dans leurs questionnaires fournisseurs : « part de vos achats issus du réemploi », « politique d'allongement de la durée de vie des équipements ». Une réponse chiffrée et sourcée vaut mieux qu'un engagement de principe.

Impact

Un chiffre à retenir pour dimensionner l'effort : en France, près de 80 % de l’empreinte carbone du numérique vient de la fabrication des terminaux. Agir sur les entrées (acheter de la seconde vie) pèse donc bien plus que d'optimiser l'usage (veille, consommation).

3. Les sorties : ce que devient votre parc, et comment le prouver

Ce qu'on observe

La sortie de parc est le point faible de la plupart des rapports : les postes partent chez un broker ou en déchetterie professionnelle sans traçabilité individuelle. E5 attend pourtant la répartition réemploi / réparation / recyclage / élimination, idéalement par unité.

Pourquoi

Parce que le réemploi est la voie qui compte le plus dans la hiérarchie circulaire et qu'il est le plus difficile à prouver sans document. Un certificat d'effacement par numéro de série, un bordereau de remise par site et un rapport de destination (réemployé, pièces, recyclé) transforment une sortie « inconnue » en indicateur exploitable.

Impact

C'est le rôle de la reprise de parc : chaque appareil repris est tracé jusqu'à sa seconde vie, et le récapitulatif annuel donne le taux de réemploi, le nombre d'appareils réparés ou recyclés et le CO₂ évité, sans export hors Union européenne. Le programme OPP! Restart ajoute une sortie documentée vers vos propres salariés.

Sortie d’un parc de 200 postes : exemple de répartition documentée

Réemployés (revendus ou Restart)150Réparés puis réemployés25Démontés pour pièces15Recyclés (DEEE)10

Exemple illustratif d’une répartition documentée, à titre pédagogique : chaque parc a sa propre répartition, mesurée appareil par appareil lors de la reprise.

4. Les émissions évitées : la méthode sans cabinet

Ce qu'on observe

Le CO₂ évité par un achat de seconde vie correspond à la fabrication d'un appareil neuf qui n'a pas lieu. Avec les facteurs de la Base Empreinte ADEME, nous retenons 150 kg CO₂e par PC portable, 250 kg par PC fixe, 200 kg par écran, 70 kg par tablette et 50 kg par smartphone.

CO₂ évité pour 50 postes achetés en seconde vie (t CO₂e)

1396302.550 smartphones7.550 PC portables1050 écrans12.550 PC fixes

Ratios OPP! Shop issus de la Base Empreinte ADEME, appliqués à 50 unités

Pourquoi ces chiffres sont défendables

Ils sont publics, sourcés et prudents : ils ne comptent que la fabrication évitée, pas le transport ni la fin de vie. Un auditeur pourra les recalculer. Évitez à l'inverse les chiffres « marketing » sans facteur d'émission cité : ils fragilisent tout le rapport.

Impact

Pour 50 PC portables, 7,5 tonnes de CO₂e évitées : c'est du même ordre que les émissions annuelles de déplacement domicile-travail d'une dizaine de salariés. Présenté ainsi, l'achat de seconde vie devient un levier E1 mesurable, pas une intention.

5. Où nous nous situons

6. Que faire si vous devez répondre d’ici 6 mois ?

PME qui reçoit les questionnaires de ses clients

  • Adoptez le format VSME et renseignez les trois indicateurs IT (part de seconde vie, taux de réemploi, durée d’usage). Un tableur suffit la première année.
  • Documentez la prochaine sortie de parc avec des certificats par appareil : c’est la donnée qui manque à presque tout le monde.

ETI soumise ou en préparation

  • Inscrivez la seconde vie dans la politique d’achats IT (objectif chiffré de part de réemploi par an) : E5 demande des objectifs, pas seulement des constats.
  • Cadencez le renouvellement par vagues et faites reprendre chaque vague : le taux de réemploi se pilote comme un indicateur, pas comme une fin d’année. Le dispositif est décrit sur notre page Entreprises.

Direction RSE

  • Utilisez le même jeu de facteurs ADEME pour E1 et E5, et citez-les dans le rapport : la cohérence entre les deux normes est un point de contrôle des auditeurs.

Sources de cette édition

Vous préparez une réponse CSRD ou VSME et il vous manque les données de votre parc ? Écrivez à hello@oppshop.fr : nous vous envoyons le modèle de récapitulatif et la méthode de calcul sous 48 h ouvrées.

La Revue OPP! paraît toutes les deux semaines. Édition #05.